L’itinérance 2

et on arrive au temple supérieur consacré aux sacrifices au Ciel et au génie du Riz. Le roi Lê Hiên-tông (1740-1786) y écri¬vit un Je me dis :
– Le Bouddha a enseigné les « trois non » [le non-moi, le non-forme, le non-désir] pour délivrer les êtres. Après sa mort, peu de croyants ont suivi ses préceptes et le monde n’a été que confusion… Mais le bonze Tri Nhu a approfondi la doctrine de la Forêt de Bambous, il mène une vie de vertu, sans rites oiseux; avec ses seules mains, il construit ses œuvres. Petit à petit il a entassé les pierres et élevé le stupa. Comment peut-on Je com¬parer à des bonzes ordinaires ?
Hélas ! dans quelques centaines d’années, le tableau changera encore, et si quelqu’un soupirera comme moi, n’y en aura-t-il pas d’autres qui agiront comme Tri Nhu ?
Ces eaux et ces collines, ce reflet du stupa dans le fleuve, lorsque je laisserai ma barque aller au crépuscule et chanterai en frappant sur le bord ou lancerai ma ligne à pêche» seuls ils partageront les sentiments de mon cœur ».
Chaque année le Têt prélude à une période de loisir avant la reprise des travaux des champs, ponctuée par ces fêtes des com¬munes et des pagodes qu’aucun Viêt du delta ne manquerait, au moins une ou deux fois dans sa vie. Les unes rappellent le souvenir des rois et des héros qui tirent le pays et le défendirent contre l’envahisseur, d’autres célèbrent de grands moines ou des créateurs de métiers qui apportèrent la prospérité à leurs villages. Aux cérémonies et aux pro- cessions qui leur rendent hommage font suite toutes sortes de jeux, de représentations théâ¬trales, de concours, de musique et de chants alternés entre filles et garçons. Pour le pay¬san comme pour le lettré, ce ne sont pas seu¬lement des moments de délassement, mais aussi de communion avec les autres dans l’espoir de bonnes récoltes, d’une bonne santé et de la paix, dans le partage des mêmes souvenirs.
Selon une chanson populaire,
Que tu voyages au sud ou au nord, Souviens-toi de la fête des Aïeux le 10 du 3e mois !
Ou encore :
Le 10 du 3e mois,
Si on ne va pas à la fête des Aïeux,
On n’est pas une personne du Sud!
Les Aïeux, ce sont les Hùng Vuong, la dynastie semi-légendaire qui fonda le Van Lang au VIIe siècle avant notre ère et dont le temple se dresse au confluent des Trois Fleuves d’où les Viêts se mettront à la conquête du delta. Au pied de la colline, sous les pins séculaires, la porte s’orne des deux côtés de ces sentences parallèles :
Etablissant les bases, montagnes et fleuves se rejoignent dans l’unité A vol d’oiseau chaînes et massifs se succèdent comme une troupe d’enfants. Le temple comprend trois bâtiments qui s’élèvent graduellement. De la porte cent vingt-cinq marches conduisent au temple inférieur, puis cent soixante-huit au temple intermédiaire, là où Lang Liêu aurait présenté au roi son bánh chung ; encore cent deux marches poème dont le dernier vers déclare que « l’encens y brûlera éternellement ». En septembre 1954, Hô Chí Minh y fit cette recommandation aux combattants de l’Armée populaire qui allaient rentrer dans la capi¬tale libérée :
Les rois Hùng ont jeté les fondations du
pays,
Oncle et neveux nous devons le préserver.

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

Powered by WordPress