L’Etat et la Nation 1

S’il est une caractéristique commune à tous les Vietnamiens, quelle que soit leur appartenance géographique, sociale, religieuse ou politique, c’est l’amour de la patrie. Tous connaissent cette chanson populaire : Nous rentrerons nous baigner dans l’étang paternel,
Qu’il soit pur, qu’il soit trouble, c’est l’étang de chez nous.

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Le village se présente comme une unité fermée surtout dans le Nord et le Centre. Pourtant il n’est pas dissocié de la patrie comme en témoigne l’expression« amour du village et fidélité au pays » (tình làng nghia nuoc). Ce sentiment très fort s’explique sans doute par un double facteur. Le territoire originel des Viêts, le delta du fleuve Rouge, est exposé à des menaces constantes de la nature : inondation, sécheresse, typhons qui peuvent le frapper plusieurs fois dans l’année. Contre ce défi du milieu, les communautés villageoises ont dû s’unir très tôt afin de lutter ensemble pour la maîtrise des eaux. Et elles l’ont fait aussi pour résister à toutes les agressions de l’extérieur. Des siècles d’appartenance à l’empire hắn ne vinrent pas à bout de son identité et ses chansons conser-veront le souvenir des héros et des héroïnes qui se levèrent pour reconquérir l’indépendance. C’est à la célèbre révolte des Sœurs Trung en 40 que se rapporterait le beau dis- tique suivant fait sans doute beaucoup plus tard lors de la naissance d’un sentiment national :
Comme le crépon rouge recouvre le porte-glace
Qu’ainsi les hommes d’un même pays s’aiment!
Une fois constitué en nation libre, il eut encore à subir plusieurs invasions du Nord qu’il repoussa victorieusement. Lorsque le général Ly Thuong Kiêt arrêta les troupes des Song sur la rivière Nhu-nguyêt en 1076, le peuple chanta :
On rit d’une sauterelle qui lutte contre un char
On la croit écrasée mais c’est le char qui penche
C’est en 1243 que les Trân commencèrent la construction de grandes digues le long du fleuve Rouge. Mais sous le règne de cette dynastie qui couvrit cent quatre-vingt une années, il y eut vingt ruptures de digues, soit une tous les neuf ans. Aussi le peuple constatant la fragilité de ses efforts comparait-il amèrement son sort à celui du crabe des plages : Le petit crabe roule du sable à la mer Orientale
Il peine et son effort demeure vain Combien ton labeur est stupide ô crabe mon enfant
De rouler sans cesse un sable que les flots effaceront.
Au début du XVe siècle, les Ming profitè¬rent d’une usurpation intérieure pour enva¬hir le Dai Viêt et établir leur domination. Mais bientôt Lê Loi se soulève à Lam-son. Il transfère sa base dans le Nghê-an, région montagneuse propice à la guérilla. Tous les opprimés vinrent l’y rejoindre :
La route du pays de Nghê-an est claire, claire
Ses monts bleus et ses eaux glauques ressemblent à une peinture Que chacun se dirige au pays de Nghê-an ! La révolution d’août 1945 et la Résistance
ont donné naissance à une floraison de chansons. L’éducation populaire instituée par le nouveau régime délivre le paysan d’un long âge d’ignorance : i et t, les deux premières lettres qu’il apprend de l’alphabet lui ouvrent un monde nouveau dont il chante la découverte avec une joie naïve à son amie :
Parce que je t’aime je te conseille Apprends i et t pour écrire Le mot « amour » avec fraîcheur Ou encore :
Tu rentres je ne te laisse pas partir je te retiens par un pan de ta robe Et j’y écris un poème Car je viens d’apprendre i et t.
Pour la femme, la guerre la met sur le même pied que l’homme. Comme jadis aux époques troublées, elle participe à la lutte de libération en prenant en charge toute l’économie domestique. C’est elle qui repique et laboure, pioche et défriche des parcelles nouvelles, pour remplir la tâche assignée par le gouvernement à l’arrière : accroître la pro¬duction.
Tu pars pour la guerre combattre l’ennemi je rentre cultiver notre coin de jardin je plante patates, soja et aubergines Je nourris volaille et porcs pour augmenter la production !
Une jeune fille chante pour son fiancé :
Mon jardin est tout petit ô grand frère
On y trouve tout de même quelques
cannes à sucre
Et dix rangées de légumes
Lorsque nous nous rencontrerons de
nouveau
Les cannes à sucre adouciront ta voix Et la soupe de légumes rafraîchira ton âme Le riz moissonné dans le danger, il faut maintenant le transporter vers l’armée. De longues files de femmes, d’enfants et même de vieillards, ployant sous la palanche de bambou aux deux corbeilles pleines, serpentent sur des sentiers abrupts, et chantent ;
Chanson de route
L’aigrette vole vole et plane
Par les villages combattants au-dessus
des rizières
Cette jeune fille volontaire S’est mise en marche avec les transporteurs
Tình tính tang tang tính tình Ohé ! jeune fille; ohé !
Sur la longue route combien portes-tu d’amour ?
Sur la longue route combien portes-tu d’amour Ỉ
J’achemine du riz vers les champs de bataille
je pense à nos soldats dans leur poste éloigné
A l’arrière mûrissent les grains d’or Allons ravitailler nos combattants du front…
Et la chanson se termine par une note d’es¬poir, l’espoir en le retour prochain de la paix : Lorsque les canons se tairont sur les champs de bataille
Nous deux nous chanterons par-dessus les épis verts
Les épis verts mêleront leur joie à celle des jours verts
Nous redirons l’histoire de ces transports de riz
Tình tính tang tang tính tình Ohé ! jeune fille, ohé !
Une telle attente c’est le vrai amour! Une telle attente c’est le vrai amour!

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