Les plaines : des Chams aux Viêts 5

Hue-Cité-Impériale

Lorsque le Viêt Nam se rend indépendant en 939, le Hoành-son constitue sa frontière méridionale. Le Nam tien, sa « marche vers le Sud » a été d’abord une infiltration pacifique d’immigrants allant défricher les sols que les Chams moins nombreux ne cultivaient pas. Ils apportaient des techniques agricoles et une organisation sociale solide qui les rendaient peu à peu maîtres du terrain, d’autant plus que les troupes n’étaient pas loin derrière et que, pour intervenir, le Dai Viêt pouvait arguer des raids des corsaires chams sur ses côtes méridionales. La première guerre menée par les Ly (1044) ramena des musiciennes qui se virent réserver un palais spécial pour exercer leur art à la cour. La deuxième guerre (1069) fit prisonnier le roi : il dut échanger sa liberté contre la région qui forme aujourd’hui la province de Quang- bînh et le nord du Quang-tri. En 1306, Chê Mân offrit pour la main de la princesse Huyân Trân les deux districts d’O et Ri au nord du col des Nuages. Au sommet du Hoênh-son, la jeune fille s’est retournée vers son pays. Un poète anonyme a chanté ainsi sa plainte : Les montagnes et les fleuves s’allongent Sur la route de mille ly Partir pour quel l’amour!
J’ai sacrifié la jeunesse et la beauté En échange de la dette d’Ô-Ri!
Quand l’oie sauvage s’envole,
La nostalgie étreint mon cœur Et mon ombre est comme le tournesol… Nouvelle guerre en 1471 avec Lê Thânh- tông qui s’empare de la capitale Vijaya et porte la frontière au col de Cù-mông. Ensuite les Nguyên prennent le relais. Cherchant à s’étendre vers le sud pour contrebalancer la puissance des Trinh au nord, ils occupent en 1611 le Phü-yên, en 1653 la région au nord de Cam-ranh, c’est-à-dire le reste du territoire du Kauthara. Le Panduranga, dernier vestige du Champa, fut annexé en 1692. Mais les révoltes des Chams, puis des Tây-son, enfin les luttes d’influences sous les Nguyên, firent qu’il subsista de fait jusqu’en 1832, date à laquelle il fut rattaché à la province de Binh-thuân.

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Depuis 1682, les Nguyên ont installé leur capitale à Huê, sur la rivière des Parfums, site bien protégé par la nature de tous côtés : à l’ouest la Cordillère, à l’est les dunes et les lagunes, au nord d’immenses marais, au sud le contrefort du col des Nuages. La cité elle- même est au centre d’influences géoman- tiques bienfaisantes : la colline de Thiên-mu, la Dame céleste, déjà occupée par les Chams, où s’élèvera un temple bouddhique, les îles du Dragon bleu à l’est et du Tigre blanc à l’ouest qui tournent leurs têtes vers la citadelle impériale pour y faire passer les souffles âm (femelle) et duong (mâle); au-delà de la rivière, au sud, l’Ecran protecteur du Roi (Ngu bình). Huê devient la capitale du Viêt Nam en 1804. Comme toutes les capitales traditionnelles, elle comprend trois villes concentriques : le Kinh-thành (Cité capitale) des ministères et des administrations, le Hoàng- thành (Cité impériale), et au centre, le Tu- câm-thành (Cité pourpre interdite) réservée à la famille impériale. Cet ensemble de palais, de temples, de jardins, d’étangs et d’escaliers, est disposé suivant an axe Nord- Ouest/Sud-Est en accord avec l’ordre cosmique et humain puisque tout y converge vers la salle du Trône, centre de l’Univers.

Hue-Cité-Impériale

On pénètre dans la Cité impériale par la porte du Midi (Ngo mon), surmonté du Belvédère des Cinq Phénix d’où le souverain assistait aux revues et aux fêtes. Après l’étang Thái dich s’ouvre l’esplanade Bái dinh sur laquelle se tenaient les mandarins lors des grandes cérémonies du palais de la Suprême Concorde (Thái hoà diên) qui lui fait face. C’est ici que l’empereur recevait en audience solennelle dans une immense salle aux hautes colonnes sculptées. Nous rencontrons ensuite la porte de la Grande Résidence (Dai cung mon), dite Porte Dorée à cause de ses laques polychromes et de ses ors, édifiée par Minh- mang en 1833. Elle donne sur une cour bordée à l’ouest des Propylées de la Splendeur de la Lune, à l’est des Propylées de l’Eclat du Soleil. Au fond, toujours dans le même axe, le Palais du Gouvernement Diligent, Cârt chánh diên, élevé par Gia-long en 1811, salle des audiences ordinaires, somptueusement décorée de laques et d’ors, et dont les plafonds sculptés et incrustés de nacre et d’ivoire reposent sur de hautes colonnes en bois de lim massif. Plus loin sont les appartements privés de la famille impériale, le palais de la Perfection du Ciel, Càn thành diên, et la résidence de la Libéralité de la Terre, Khôn thái cung.

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