Les plaines : des Chams aux Viêts 1

Hoi-An-sanctuaire-My-Son

Les plaines côtières du Centre ont formé pendant quatorze siècles un royaume puissant, le Champa, dont l’influence a imprégné subtilement la musique, les danses et l’art des Viêts et dont les monuments parsèment toujours les routes. Sa défaite finale ne fut pas due à une infériorité de civilisation, mais de démographie. Né sur un littoral étroit que les cours d’eau découpent en de petites plaines transversales, il n’a pas joui de conditions favorables à une agriculture prospère et donc à la croissance de la population, ni, dun autre côté, à l’établissement d’un Etat unifié centralisé. Au contraire, le grand delta du fleuve Rouge a fourni aux Viêts une base économique forte, capable de nourrir et d’encourager l’expansion de leur nombre. Des Chams, les Viêts héritèrent des influences sculpturales et culinaires, et ces airs de musique dits « des Chams » (diêu Chiêm thành), d’une tristesse si profonde que les anciens confucéens y voyaient le signe précurseur du déclin.

Hoi-An-sanctuaire-My-Son

En 1985, on a trouvé à Bàu-du sur le lit¬toral du Quang-nam des galets taillés d’ap¬parence posthoabinhienne (c. 4-5 000 ans avant notre ère). Bàu-tro (Quang-tri), fouillé antérieurement, est un site du néolithique supérieur caractérisé par la hache à tenon d’emmanchement ou hache épaulée, la même qu’on a trouvée dans les îles d’Ha- long (c. 2 000 avant notre ère). Plus tardive, la culture de Sa-huynh (Quang-ngài), dont on connaît aujourd’hui trente-cinq sites va de 500 avant notre ère à son début. Il s’agit de nécropoles contenant des jarres funéraires cm terre cuite ornée d’empreintes d’étoffes; elles renferment des outils et des armes en bronze et en fer (haches, couteaux, lances), des objets en verre, des tessons de poterie «ï motifs géométriques en noir et en rouge, et surtout des boucles d’oreilles en pierre aux extrémités en forme de têtes d’animal aux longues oreilles (cervidés ?), qui sont devenues le symbole de cette culture. On a proposé de l’appeler culture de dunes (côn) et de lagune (bàu), par opposition à celles des grottes et des vallées. Sa-huynh était en relation avec Dông-son : dans une jarre, on a trouvé un poignard à manche en T dongso- nien, et sur un site dongsonien (Xuân-an au sud de Vinh) une boucle d’oreille bicéphale.

Sa-huynh est, selon les archéologues5, le précurseur du Champa qui, tout en s’india- nisant, a conservé ses traits d’une culture d’agriculteurs et de pêcheurs. Sa céramique porte des traces de grains de riz. Les Chams cultivaient deux sortes de riz : le riz blanc du 7e au 10e mois, le riz rouge du 11e au 4e. Du fait de la sécheresse du climat, ils ont su y adapter une espèce résistante, le riz chiêm ou du Champa, semé au début de la saison sèche (11e mois), arrivé à maturité à la saison des pluies (4e mois). Etant donné son appellation, il est possible que le riz chiêm des Viêts leur soit venu des Chams. Il reste dans le sud de leur ancien territoire des vestiges d’un grand réseau d’irrigation. Ils savaient aussi construire des puits d’eau douce le long du littoral qui approvisionnaient les navires marchands. D’autres produits faisaient l’objet de commerce (à l’exception du riz qui n’était pas exporté) : la soie, le coton, la patate, le verre, la cannelle, la canne à sucre. Dès le IIe siècle, le port de Hôi-an, était un lieu d’échanges avec la Chine des Hán et les pays des mers du Sud.

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

Powered by WordPress