Les peuples des plateaux 1

Du 15e au 11e parallèle, la Cordillère anna- mitique est découpée en une série de pla¬teaux par les fleuves descendant les uns vers la mer Orientale, les autres vers le Mékong. On y distingue deux saisons : sèche de décembre à mai, humide de juin à novembre ; l’est est plus arrosé que l’ouest. Les populations qui y vivent traditionnellement sont appelées Thuong, les « gens d’en haut ». Les unes sont des Môns-Khmers : Bahnar (137 000), Sedang (97 000), Hrê (94 000), Coho (92 000), Mnông (67 000), Giétrieng (27 000), Ma (25 500), Brâu (240), Romam (280). Les autres sont des Austronésiens : Jôrai (242 000), Êdê (195 000), Raglai (71 000), Churu (11 000). Chaque groupe comprend de nombreux sous-groupes. Certains vivent en dehors du Tây Nguyên pro¬prement dit, parfois en majorité : les Hrê dans l’ouest du Quang-ngài et du Blnh-dinh, les Raglai au Khânh-hoà, au Ninh-thuân et au Binh-thuân.

Une culture néolithique a été découverte en 1953, celle de Biên-hô sur le plateau de Pleiku et l’habitat des Jôrai, datée de 2500- 1500 avant notre ère. Elle est caractérisée par un niveau élevé de fabrication des outils et parures en pierre, de cuisson de la poterie qui connaissait le tour. La forme la plus répandue est la marmite pansue de couleur rouge à col évasé, à fond rond, décoré de motifs de cordage, de traits gravés, de carrés et de rectangles. Biên-hô était peut-être en relation avec Bàu-trô (Quang-blnh) : on a retrouvé dans les deux sites des haches épaulées et des herminettes courtes en forme do dents de buffle. La population pratiquait la culture sur brûlis (ray).

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Celle-ci reste l’activité prédominante. A la fin de la saison sèche, au premier coup de tonnerre (4e mois), les hommes abattent un pan de forêt, puis y mettent le feu ; sur les cendres ils font des trous avec un bâton à fouir et les femmes y déposent les graines. Autrefois, on ne cultivait l’essart qu’une saison afin que la végétation repousse, on ne retournait au même endroit qu’après une dizaine d’années. Avec l’accroissement démographique, la culture se fait plusieurs années de suite et l’abandon dure moins longtemps. Le cycle se raccourcit surtout là où la densité est élevée, dans les zones de vallées, chez les Jôrai, les Êdê, les Bahnar, les Coho, etc. Les Êdê cultivent la même terre pendant vingt à vingt-cinq années sans interruption de sorte que l’essart est devenu semi-fixe; la pioche remplace le bâton à fouir. Le riz est la principale culture, riz ordinaire et riz gluant ; le Darlak en compte jusqu’à quarante variétés bien adaptées au climat et aux sols.S’yajoutent le millet, le maïs, le manioc, la patate, le piment, la calebasse, l’aubergine, le tabac. Les arbres fruitiers comprennent le bananier, l’ananas, la canne à sucre, le jacquier, etc. Les cultures mixtes se sont beaucoup développées. Le rendement moyen est de 1,2 à 1,5 tonnes à l’hectare, il peut atteindre 2,5 tonnes avec des conditions favorables. Il n’y a qu’une récolte par an, du 9e au 10e mois. Ensuite on se repose : période de fêtes et de mariages. C’est pourquoi l’âge se compte par ray.

Il existe aussi des cultures jardinières (légumes, fruits, tabac, coton) et des cultures irriguées avec l’eau de pluie ou de lac par canaux dérivés (chez les Churu, les Coho Srê, les Mnông Rlâm, les Sedang Monâm), la cueillette (champignons, légumes) par les femmes, la chasse par les hommes, la pêche. L’élevage est assez développé, pour les sacri¬fices rituels (la consommation intervient après, elle n’en est pas indépendante), les travaux de transport, de piétinement des champs pour les préparer (éléphants, buffles), la chasse (chiens), la guerre (chevaux). Les arts sont pratiqués pour répondre aux besoins quoti¬diens : le tissage et la poterie par les femmes, la vannerie, la menuiserie et la forge par les hommes. De l’extérieur, ils reçoivent gongs, jarres, marmites de cuivre, sel, bijoux, tissus, etc., qu’ils échangent contre de l’or, des bois précieux, de l’ivoire, des cornes de cerf, des peaux d’animaux, des plantes médicinales et aromatiques. Ainsi, la cannelle est-elle cul¬tivée depuis le XIII siècle chez les Cadong et les Cor du groupe Sedang qui chantent :
Les canneliers, nous les plantons partout dans la forêt,
Les gongs sauront venir, et les jarres danser
Nos maisons seront pleines de sel et de tissus,
Car nous avons des canneliers.

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