L’édification monarchique 8

La monarchie des Lê se distingue encore des précédentes par une législation sociale progressive, notamment la suppression presque complète de l’esclavage et des lati¬fundia des nobles, et la normalisation du partage périodique des terres communales entre les habitants. Ces mesures contribuent à aug¬menter la productivité du travail et à encourager la propriété privée, favorisée d’un autre côté par l’extension territoriale vers le sud. A son tour, le développement de l’agriculture entraîne celui de l’artisanat, des mines et du commerce intérieur et extérieur, surtout à partir du XVIe siècle, avec l’entrée en scène des Européens, et en dépit de la sécession entre le Nord et le Sud, intervenue peu après.

L’animation urbaine appuie la constitution d’un noyau de marchands dont la pro¬pension au profit et à la jouissance introduit des éléments perturbateurs dans la morale traditionnelle : en témoignent les accents nouveaux, le romantisme, l’aspiration au bonheur individuel, la critique sociale, qui se manifestent nettement pour la première fois dans les textes littéraires, écrits de plus en plus fréquemment en nom, la langue nationale (dont la graphie dérive du hán). Mais l’économie marchande est encore trop faible et l’édifice confucéen trop solide, bien qu’il s’use lui aussi sous l’influence desséchante du zhuxisme officiel, de l’étroitesse du système des concours littéraires sans liens avec la vie économique et sociale de la vénalité de certaines charges dues aux besoins financiers toujours croissants de l’Etat, de l’incapacité de ce dernier à répondre aux demandes de la paysannerie. En revanche, le déclin encourage une certaine renaissance du bouddhisme qui voit se créer de nouvelles sectes et construire de nouveaux temples. Beaucoup de lettrés se font moines et on voit apparaître de part et d’autre des théories sur la « com¬mune origine » et le « commun corps » des trois enseignements. C’est aux XVIIe-XVIIIe siècles que se forme le syncrétisme qui carac¬térise la culture vietnamienne : elle a inté¬gré les trois doctrines en empruntant à cha¬cune d’elles un certain nombre d idées et de pratiques dont l’importance relative varie selon les couches sociales.

Depuis le XVIe siècle, avec la décadence des Le entraînant des usurpations, des révoltes paysannes et des guerres civiles, deux grandes familles ont émergé : les Trinh dans le Nord, les Nguyên dans le sud. Ceux-ci, à l’abri du Hoành-son et du fleuve Gianh, étendent leur territoire aux dépens des Chams et des Khmers. Installant leur capitale à Hue en 1687, ils occupent le delta du Mékong : Sai¬gon en 1 698, Hà-tiên sur le golfe de Thaïlande en 1780. Les Nguyên encoura¬gent la colonisation appuyée par l’armée;
les grands propriétaires seront leurs plus fermes partisans.
Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, Trinh et Nguyên, préoccupés uni¬quement de leurs plaisirs, laissent se déve¬lopper une crise profonde. Elle est d’origine agraire dans le Nord où  » les terres tombent dans les mains des riches, tandis que les pauvres n’ont pas un pouce où planter leur bâton », monétaire dans le Sud où l’Etat accorde aux particuliers le droit de battre monnaie, ce qui provoque l’inflation, la hausse du prix du riz, denrée de base. Dans les deux cas, les exactions des fonctionnaires et le poids des impôts aggravent la situation. Les révoltes paysannes vont emporter les deux seigneuries. Conduits par un génie militaire, Nguyên Huê, les Tây-son battent leurs troupes et repoussent une invasion chinoise mais n’arrivent pas à réunifier le pays ni à restaurer un régime véritablement nouvea sauf en ce qui concerne un emploi limité de la langue nationale (nom) dans les texte officiels (1788-1802).

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