Le Sud 5

On distingue encore les rizières précoces et les rizières tardives. Les premières sont situées dans un lieu bas et humide, abon­damment arrosé. Elles se sèment au qua­trième mois, se repiquent au sixième et se récoltent au dixième. Les rizières tardives, situées sur un lieu sec et élevé, se sèment au cinquième mois, se repiquent au septième et se récoltent au onzième.

Dans tout le pays, il n’y a qu’une récolte par an (p. 292-295) ».

L’abondance et la fertilité de la terre conju­guées à l’absence de pression démographique ont donné à l’homme du Sud, qui jouit aussi de plus de loisirs, certains traits observés par Trinh Hoài Duc que Ton constate toujours, surtout si on le compare à ses compatriotes du Nord et du Centre : un caractère plus heu­reux, plus insouciant, plus hospitalier. Le vil­lage ne se clôt pas sur lui-même derrière sa haie de bambous, mais se répand largement le long d’un arroyo ou d’une route ou rayonne autour d’un centre sur une vaste étendue. Les maisons fréquemment sur pilotis sont tournées vers les eaux. De plus, issu histori­quement d’une colonisation menée par des familles originaires de nombreuses régions et d’ethnies différentes, il ne distingue pas entre inscrits et non-inscrits, entre Viêts, Chams et Khmers. On rencontre ici plus d’égalité et de démocratie, moins de groupes, giáp ou phuong, rivaux pour la répartition des bénéfices et des préséances, car il y a suffisamment de terre pour tous. Le culte des ancêtres est moins intense, il se pratique dans chaque famille plutôt que par clan. Le lien le plus fort est le nghia, c’est-à-dire l’obligation morale et sentimentale créée par l’existence et le travail en commun, les services et même les simples promesses mutuelles. C’est pour­quoi le roman en vers Luc Vân Tien de Nguyên Dïnh Chiêu (XIXe siècle) est tellement aimé des gens du Sud, autant que le Kiêu de Nguyên Du, d’une valeur littéraire bien supé­rieure à tous égards. Luc Van Tien est un catalogue de toutes les formes du nghia et du non-nghia : Vân Tien apprenant la mort de sa mère renonce à se présenter au concours pour porter son deuil, Nguyêt Nga qu’il a sauvée des mains d’un bandit se jure de lui rester fidèle tandis que Thê Loan qui était promise à Vân Tien le trahit quand il devient aveugle, comme certains amis tandis que d’autres restent loyaux et que son servi­teur croyant Vân Tiên mort lui élève une tombe et la garde. Finalement tout est bien qui finit bien : les bons sont récompensés et les méchants punis.

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Si la solidarité est très forte entre ses membres, la structure de la commune l’est moins car, avec l’esprit pionnier, les gens sont toujours prêts à partir vers d’autres horizons. A cause des conditions historiques de la colo­nisation, il y a peu de terres communales et beaucoup de gros propriétaires, mais ceux-ci doivent ménager leurs tenanciers compte tenu de cette mobilité et parce qu’ils fournissent la main-d’œuvre indispensable. Selon le cadastre établi en 1836 sous le règne de Minh-mang, sur 38 221 propriétaires de 131.546 ha, 9,84% en possèdent 52,13%, parmi lesquels 212 ou 0,55 % en possèdent 11,55 %14.

La conquête française ne fera qu’accentuer le phénomène avec l’accaparement et l’usur­pation de terres par les colons et leurs colla- borateurs indigènes. Si Ton classe les terres en petites, moyennes et grandes propriétés selon qu’elles ont moins de 5 ha, de 5 à 50 ha, ou plus de 50 ha, voici leur répartition sur un total de 3 721 500 ha dans les trois par­ties du Viêt Nam en 1930.

Du point de vue culturel, Timplantation récente de l’administration impériale dans le Sud avec ses conséquenc es sur le système de renseignement et des concours littéraires, explique une pénétration moins forte du confucianisme dans toutes les couches du peuple. Elle a été, de plus, arrêtée très tôt par l’occupation française. Dès le début (1862- 1867) celle-ci s’est attachée à combattre son influence portée par les lettrés meneurs de la résistance, en développant l’enseignement occidental et en soutenant la propagation du christianisme. Dans ces conditions, c’est dans le bouddhisme que la population a trouvé son refuge à la fois comme aliment spirituel et national en l’associant souvent à des formes de sociétés secrètes. La commune a joué ici un rôle assez négligeable à cause de sa struc ­ture plus lâche et de la domination qu’y exer­cent les propriétaires terriens favorisés par les Français et fréquemment gagnés à la colla­boration (Mais certains ont lutté contre eux). Le facteur peut-être le plus important est d’ordre économique : c’est à la fois la prodUrisiition de la paysannerie réduite à la condi­tion de tenanciers (tà dion) ou d’ouvriers agricoles par l’essor de la grande propriété et I’instabilité de leur ( ondition introduite par le capitalisme avec les hauts et les bas que sus­cite l’ouverture au commerce international. La grande dépression de 1930 a été particuliè­rement éprouvante : le prix du paddy à Cho- lon tomba de 7,15 piastres par quintal en 1929 à 1,88 piastres en 1934. Alors que les impôts ne diminuaient pas ou très peu, la crise augmentait l’endettement, la vente for­cée de terres, la chute des revenus.

Tous ces éléments ont fait que l’homme du peuple a cherché dans la religion un havre à ses angoisses et un espoir de réconfort, d’au­tant plus que le bouddhisme a, dès le début de la conquête française, apporté son appui à la résistance. Dans le Dào lành, la « Religion du bien », le bonze prêche à la fois la doc­trine et la lutte contre l’envahisseur. Différentes sociétés secrètes se succèdent notamment dans la région des collines d’An-giang, à la frontière cambodgienne. Au xxe siècle, deux sectes vont faire parler d’elles : le caodaïsme et le hoà- hao.

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