Le Sud 3

Pour peupler ces vastes plaines qui ne renfermaient alors que 40 000 familles, « il fut ordonné, écrit Trinh Hoài Duc, de lever et de réunir des gens du peuple, surtout parmi les vagabonds, du Quang-bïnh au Binh-thuân, et de les transporter comme colons dans les nouvelles provinces. On put alors fonder des villages, des bourgs et des hameaux, dont on fixa les limites. Les terres labourables (rizières, etc.) étant exactement cadastrées, l’assiette de l’impôt fut établie tant sur les champs que sur les personnes elles-mêmes ».

En 1708, la souveraineté des Nguyên s’établit sur la marche de Hà-tiên. Elle était alors dominée par le Chinois Mac Cuu. Réalisant l’impuissance du Cambodge à le protéger, il se donna au seigneur de Huê qui le nomma gouverneur. A sa mort, son fils, Mac Thiên Tu lui succéda et son administration développa encore la prospérité de la province. Lui-même était poète. Son cénacle de lettrés et de moines devint célèbre pour son recueil des Dix Vues de Hà-tiên. Lorsque Mac Thiên Tu meurt sans héritier en 1780, son domaine qui s’était agrandi jusqu’à Cà-mau est réuni à celui des Nguyên qui avaient acquis depuis 1759 tout le territoire au nord du Bassac. Ainsi l’ensemble du delta du Mékong était devenu viêt et sa population avait atteint près de 2 millions d’habitants.

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Lê Quy Don fut le premier auteur à parler de la province de Gia-dinh dans ses Mélanges sur le gouvernement des marches (1776) : « Sur des milliers de lieues, il n’y avait que des forêts. Les Nguyên ont encouragé l’immigration de gens du Centre afin de défricher ces terres fertiles, les laissant libres d’occuper les terrains, planter des aréquiers et construire des habitations. Les jeunes montagnards sont raflés pour devenir des esclaves qui peuvent se marier entre eux : grâce à leur labeur on obtient des récoltes abondantes. On compte de 20-30 à 40-50 familles riches par région qui ont de 50 à 60 esclaves et 300 à 400 têtes de bétail. Ils travaillent sans relâche. Aux 11 e-12e mois, ils vendent leur riz pour fêter le Nouvel An et jouir ensuite du loisir. Habituellement, ils vendent à Phü-xuân (Huê) pour acheter des soieries et de beaux vêtements, rarement des cotonnades.

Cette terre a beaucoup de canaux et d’ar- royos aussi animés que la trame d’un métier à tisser. Il est plus facile de naviguer que d’aller à pied. Les grandes jonques des mar-chands sont accompagnées de barques plus petites pour circuler sur ces voies. De l’em-bouchure à la source des fleuves, il faut six ou sept jours. Partout s’étendent d’immenses rizières qui donnent de beaux grains de riz ordinaire et gluant, de différentes grosseurs, de différentes variétés, très blancs, très souples, très parfumés.
Ce pays a aussi beaucoup d’aréquiers. Selon un dicton « Au Gia-dinh, il y a d’abord du riz, ensuite de l’arec ». Il y en a tant qu’on ne cueille pas les noix ».

Trinh Hoài Duc, qui fut l’adjoint du gouverneur-général du Gia-dinh, apporte les précisions suivantes :
« On fut alors extrêmement facile et coulant sur la façon de gouverner le peuple. Le but principal étant de faire cultiver et d’attacher au sol, il fut permis aux habitants du Gia-dinh d’empiéter sur celui du Biên-hoà et réciproquement. On laissa les nouveaux colons libres de leurs mouvements et travailler la terre là où il leur convenait le plus. Le peuple eut donc l’entière liberté de défricher ce que bon lui semblait et d’établir ses demeures et ses nouvelles rizières, en fondant ses villages aux lieux choisis par lui- même. Chacun put à son gré choisir les lieux bas et humides pour y planter de vastes et belles rizières, ou bien se fixer sur les lieux élevés et y ensemencer le riz de montagne. Les lots de terre étant choisis, il suffisait d’en exprimer le désir au mandarin pour en devenir propriétaire. On ne mesurait pas le terrain quand on le concédait. On ne prenait pas davantage en note s’il était de bonne ou mauvaise nature. Chacun payait l’impôt selon l’étendue du sol qu’il possédait et pouvait à son gré se servir du grand ou du petit hôc (picul), quand il payait son impôt en nature. On suivait en cela les anciens règlements sans y porter une grande attention…

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