La Moyenne et la Haute Région 1

Au nord et à l’ouest des plaines, elles couvrent 128 000 km2 mais ne renferment que 14 millions d’habitants, soit une densité de 109 au km2. On l’appelait le « pays bleu » parce que les gens teignaient leurs vêtements avec l’indigo tandis que ceux des plaines, le « pays brun », le faisaient avec le eu nàu qui donne la couleur brune. La différence d’habillement se doublait de celle de l’habitation, ici sur pilotis, là à même le sol. Ces contrastes se sont beaucoup atténués à cause d’une part de l’immigration viête, d’autre part de la diffusion de la maison au sol.

Le delta du fleuve Rouge, qui a la forme d’un triangle, se rattache au haut pays par une série de collines schisteuses ou de falaises calcaires, ces mêmes calcaires qui, au cours de l’ère primaire, ont formé les merveilleux rochers de la baie d’Ha-long et, sur terre, ceux de la province de Ninh-Binh au sud de Hà-nôi. Le cours du fleuve divise le reliet en deux zones : le Dông Bac (Nord-Est et le Tây Bac (Nord-Ouest), ce dernier se prolongeant jusqu’au rebord de la Cordillère anna- mitique (Truong-son).

Sur la rive gauche, de nombreuses vallées conduisent vers lit ChIlit’/ soit «HI Guangdong comme lo sông Thuong qui prend sa source» près de Ung-Stm, soit au Yunnan, comme le fleuve Rouge et le sồng Lô. De la rive droite au Truong-son et à lii frontière laotienne s’allonge selon une direction NO-Slü une suc* cession do hauteurs séparées par les dépressions que constituent les fleuves M3, Chu et Ca.

L’ethnie la plus proche des Vlêts par la langue, les légendes, les coutumes, le vête¬ment, les Muong (1 138 000 hab.) vivent en bordure du delta, de Nghia-lô au sồng Glanh. Un proverbe de Ici région de Hoà-binh énumère* les usages qui les distinguent de leurs cousins partis peupler les plaines au cours du p,f millénaire avant notre ère : « Riz cuit à la vapeur ou à l’étouffée, cases sur pilotis, eau portée sur l’épaule (dans un long tube en bambou), porc flambé, jour en retard, mois en avance (le 1* jour du lor mois muong correspond au 2e jour du 12e mois viêt) ».

Les Muong qui s’appellent eux-mêmes Mol’ (Hommes) sont installés dans les vallées ou ils c ultivent le riz inondé, ou sur les flancs des collines où Ht pratiquent le ray (la cul* turr sur brûlis du coton, du maïs, du manioc), I«) ( h.isse, la cueillette, l’élevage. Sous un toit massif supporté par quatre colonnes, l’habl- tatlon à laquelle donne accès un escalier à encoches taillé dans un tronc d’arbre, comprend deux pièces simplement séparées par une claie de bambou : la grande (le « côté extérieur ») destinée à la réception des hôtes, à la cuisine et aux repas familiaux, la petite (le « côté Intérieur ») servant de chambre à cou¬cher. Cette claie est enlevée les jours de fête. Comme la maison est adossée à la montagne et regarde la vallée, une autre distinction, d’origine hiérarchique, entre en Jeu : le « dessous », c’est-à-dire le côté entièrement fermé de la montagne, et le « dessus » le côté ouvert sur la vallée : les nobles étaient placés près des fenêtres. Depuis l’abolition du régime seigneurial, la distinction n’est plus observée que comme une marque de politesse.

Cet ancien régime doit être qualifié de seigneurial et non de féodal, car il n’y avait ni suzerain, ni vassaux, ni fiefs. Sa particularité, c’est qu’il reposait sur la propriété collective des terres dont le groupe dominant des Jang s’esl servi pour exploiter la population (tout comme dans le système léniniste-stalinien, à une plus grande échelle, la bureaucratie du parti utilise la propriété collective des moyens de production). Il ne s’agit pas d’une structure étatique < entralisée, mais d’une organisation à degrés s’emboîtant les uns dans les autres, de type patriarcal, dans laquelle plusieurs familles exerçaient le pou¬voir, notamment les « quatre » : Dinh, Quâch, Bach, Hoàng. A la base, le hameau, consti¬tué en moyenne d’une cinquantaine de foyers liés par des relations de voisinage (non de consanguinité), avait pour chef un langdao. Plusieurs hameaux groupés en muong dans une ou plusieurs vallées étaient placés sous l’autorité d’un lang cun assisté de conseillers (âu) choisis généralement parmi les paysans riches. Au sein d’un territoire donné, les lang appartenaient à la même famille, le lang cun n’étant que l’aîné de la branche aînée, les lang dao les cadets. Les lang avaient la prérogative de répartir les terres communales entre les habitants, tous appelés Bùi, qui leur devaient en échange des corvées de travail et des tributs en produits naturels.

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