La maison et le jardin 5

Aujourd’hui beaucoup de coutumes se sont perdues, surtout en ville. On n’y fait plus des offrandes aux génies gardiens du foyer qui, le 23e jour du 12e mois, monteraient au ciel faire leur rapport annuel sur le compor¬tement des humains. On ne plante plus le cây néu, la perche de bambou devant la porte qui empêche d’entrer les esprits malfaisants. Mais on continue à prier les ancêtres, à décorer leur autel, a échanger des vœux de bonheur, de richesse et de longévité, à donner des ét rennes aux enfants, à faire bombance. Il y a, dit l’adage, quatre choses sans lesquelles il n’y a pas de véritable Têt : des tranches de lard, des oignons salés, des bánh chung verts, des sentences parallèles calligraphiées sur papier rouge.

Voici la légende du bánh chung :
Le sixième roi Hùng avait vingt-fieux fils. Voulant se choisir un successeur, il les réunit et leur dit : « Je souhaite faire un grand sacri¬fice à nm ancêtres, A celui d’entre vous qui aura trouvé le mets le plus rare et le plus savoureux comme offrande, je transmettrai le trône ». Tous les princes s’en allèrent à la recherche des merveilles des forêts et des mers. Seul le dix-huitième, nommé Lang Lieu, qui avait perdu sa mère de bonne heure et vivait dans la pauvreté, s’inquiétait de ne pouvoir satisfaire le désir de son père.
Une nuit, il vit en songe un génie qui lui dit : « Il n’est pas sur terre de bien plus précieux que le riz. Le riz seul suffit à nourrir les hommes. Prends du riz gluant (nêp), fais- le tremper dans l’eau et cuire à la vapeur pour confectionner un gâteau rond comme le Ciel. Avec le même riz, prépare un autre gâteau, carré comme la Terre, au centre duquel tu placeras de la viande hachée pour figurer les dix mille êtres. Tu envelopperas le tout dans des feuilles de dong et tu le feras cuire, ce mets te donnera le trône ». Lang Lieu se réveilla et suivit fidèlement ces indi¬cations.
Au jour du sacrifice, les princes apportèrent leurs présents. Rien n’y manquait. Le roi goûta à tous les plats, mais apprécia le plus ceux de l ang l iêu, Celui-ci lui raconta son rêve. Hung- vuong déclara les gâteaux de riz l’hommage le plus précieux et lui transmit sa succession. Le gâteau rond fut appelé bánh dày et le gâteau carré bánh chung. Depuis lors, ils font partie de toutes les cérémonies et en particulier des fêtes du Têt.
L’adage cité plus haut ne mentionne pas les fleurs qui sont pourtant aussi indispensables à la joie de la fête : celles, roses, des pêchers dans le Nord, jaunes, des prunus dans le Sud. Les fleurs des pêchers ont l’avantage de la couleur symbolique. Elles viennent d’une sorte qui ne donne pas de fruits, mais seulement des fleurs, d’un rose profond. A l’approche du Têt, les marchés s’animent d’innombrables rameaux fleuris que se disputent les acheteurs. Ils doivent être brûlés à leur extrémité pour absorber davantage d’eau et durer plus longtemps alors que récoulement de la sève est arrêté. On les met dans un vase de porcelaine sur l’autel des ancêtres et un ou deux jours après les fleurs s’épanouis-sent, donnant un air de fête à la maison, même si elles n’ont pas de partum.

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Le partum, lui, vient du narcisse. Ce dernier est d’une espèce particulière qui ne pousse pas sous les tropiques. Il est importé de Chine a l’approche du Têt. On l’achète en bulbe, et tout l’art de la jeune fille de la maison est de le tailler et l’élaguer de manière que ses longues feuilles d’un vert tendre ne s’élèvent pas verticalement, mais selon des courbes gracieuses et souples comme les pans d’une robe d’immortelle (de là le nom du narcisse : thuy tien, c’est-à-dire immortelle des eaux). On le met dans une coupe dont l’eau doit être changée fréquemment et maintenue à une certaine température pour que les boutons éclosent au moment voulu, c’est-à-dire à l’arrivée de l’an neuf, sur l’autel des ancêtres. La fleur a un cœur jaune au milieu de pétales d’un blanc nacré : on la compare à un « bol d’or à soucoupe d’argent ». Son parfum est très pur, délicat et léger : il se prolonge dans le thé qui en a été imprégné. Le Têt est l’un de ces instants de plénitude où communient les vivants et les morts, le présent et le passé.

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