La maison et le jardin 4

Les non bô sont mentionnés pour la première fois dans les annales en 985. En cette année du règne de Lê Dai Hành, une colline artificielle fut édifiée sur un radeau pour l’anniversaire du roi : on se promenait en barque tout autour pour la contempler. De la cour la pratique se répandit dans le peuple, chez les riches et les pauvres. Le paysage miniature comprend des roches, de l’eau et de la végétation, avec, souvent, de minuscules représentations en faïence de personnages (bûcheron, pêcheur, moine en méditation, joueurs d’échecs, promeneur), de temples, de ponts, de chaumières. On les place dans de grands bassins ovales ou rectangulaires où nagent des poissons rouges, ou bien sur des plateaux où l’eau est alors figurée par le vide. Les roches sont choisies pour leurs formes et leurs veines, les plantes pour leurs formes et leurs feuilles.

Quelle que soit sa dimension, le paysage doit susciter un sentiment (cô canh cô t)nh) tout comme, en poésie, le sentiment est « en dehors des paroles » (y tai ngôn ngoai). L’art de la suggestion consiste, par exemple, à ne pas montrer une pagode, mais simplement son toit derrière les arbres, ou encore un moine cheminant sur un sentier tantôt visible, tantôt caché. La composition doit tendre à l’équilibre : du plein (les roches, les arbres) et du vide (l’espace, l’eau), du proche et du lointain, des lignes droites et courbes, du principal (le centre d’intérêt) et de l’accessoire. Ce qui signifie qu’il ne faut pas employer des éléments de même dimension et ni les concentrer ni les disperser.

La maison (nhà) présente une telle importance pour le Viêt que le mot désigne aussi le conjoint, la famille, la dynastie, l’Etat (nhà nuoc). Elle incarne la joie lors de la fête la plus importante de l’année, le Têt ou Nouvel An. Pendant quelques jours, tout le monde oublie ses soucis et ses peines pour accueillir le printemps. Le printemps existe-t-il donc sous les cieux tropicaux ? Oui, dans le Nord. Mais il ne dure que quelques jours. C’est l’époque où sous un ciel un peu gris, un peu embrumé par le crachin, les délicates fleurs des pêchers et des prunus s’épanouissent dans les jardins le long des ruelles villageoises. La « pluie volante » imprègne les arbres et les herbes et fait sortir du sol antique ces parfums frais et subtils qui donnent au Têt son atmosphère spirituelle. De la brièveté du printemps les choses en prennent une beauté d’autant plus émouvante. L’espoir du bonheur n’est-il pas exprimé par cette couleur rouge des fleurs de pêcher, des pétards et des sentences parallèles apposées sur les portes, des robes de brocart des enfants circulant dans les rues, par ces foules qui vont dans les temples implorer le Bouddha et les génies et cueillir les bourgeons du banian destinés à assurer mille prospérités?

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Le Têt n’est pas seulement l’accueil du renouveau, c’est aussi la tête des morts. Dans chaque maison, l’autel des ancêtres est minutieusement préparé et décoré pour accueillir les mânes qu’invoquera le chef de famille lors de la cérémonie du giao-thua (passage à l’an neuf). Le Têt, c’est l’occasion solennelle pour les vivants de communier avec les défunts. L’homme se souvient de toutes les générations grâce au labeur desquelles il doit son acquis présent, il prend conscience qu’il n’est qu’un maillon d’une longue chaîne et qu’il a pour devoir à son tour de transmettre un héritage amélioré à ses descendants. Le Têt c’est un regard jeté en arrière mais pour préparer le futur, le souvenir des hommes qui tirent le pays, le défendirent contre les ennemis extérieurs, tombèrent pour qu’il recouvre son identité.

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