La littérature contemporaine 4

Mais qu’ils soient anciens ou modernes, les vers de cette génération se caractérisent par leur accent mélancolique. Rien de bien surprenant : la poésie est une littérature d’évasion et leurs auteurs y déversent, inconsciemment ou non, la tristesse de leur jeunesse devant qui ne s’ouvre aucun avenir national. Il n’y a qu’une exception notable : celle de TÚ Mo. Dans les revues Phong-hoà (Les mœurs) et Ngày nay (Aujourd’hui), il ridiculise les travers de son temps avec une verve et une fantaisie que n’eût pas désavouées Tran Tê Xuong.

La Révolution et la guerre de libération vont faire passer un souffle nouveau. L’enthousiasme patriotique, la lutte contre l’analphabétisme, suscitent toute une floraison de poésies et de chansons populaires. Soldats, paysans et ouvriers composent de petits poèmes durant leurs marches, leurs travaux ; ils sont colportés dans les régions occupées par des chanteurs aveugles ambulants (hâtxam). Egalement remarquable est la redécouverte des danses villageoises dont beaucoup avaient été oubliées par suite de l’emprise confucéenne et de la misère. Des groupes de chants et de danses ( van cóng) se constituent dans l’armée, les écoles, les ateliers, les villages; ils donnent des représentations jusque sous les bombardements. Le théâtre chèo connaît aussi un renouveau. La pièce la plus populaire, le Panier de riz, créée par une compagnie de la division 312, met en scène la réforme agraire et la lutte des paysans contre les propriétaires.

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Les écrivains ont également parcouru un long chemin. Autrefois enfermés dans leur tour d’ivoire, les intellectuels se sont trouvés, avec la résistance, mêlés de près à la vie quotidienne du peuple. Ils ont vécu de façon communautaire, redécouvert les racines de l’âme nationale et les beautés profondes de la culture populaire. Suivant les directives de Hô Chí Minh leur demandant de « servir le peuple » et sous l’impulsion du parti, écrivains et artistes entreprennent leur « rééducation idéologique » par la critique et l’autocritique. Les œuvres russes et chinoises sont traduites et étudiées. Tous suivent l’armée, partagent l’existence des soldats, supportent les mêmes privations et affrontent les mêmes dangers. De nombreux écrivains et artistes sont ainsi tombés au front ou dans l’accomplissement de missions clandestines, tels le romancier Nam Cao, le conteur Trản Dang, le poète Nguyên Dinh Thu ou le peintre Tô Ngoc Vân, tué au cours d’un bombardement à Diên-biên-phu alors qu’il prenait un croquis. L’idéal est le « réalisme socialiste », c’est-à-dire, au contraire des tendances à l’évasion et au renoncement à l’action de la période coloniale, la peinture réelle des hommes et des c hoses, la lutte de chacun pour l’édification d’une société nouvelle. Mais il faut bien constater que les œuvres les plus belles sont inspirées par l’amour du pays. C’est le cas de Tô Huu, entré à 18 ans au parti, devenu le plus grand poète de la Résistance qu’il a exaltée dans des vers qui ont le rythme et la saveur des cê dao populaires.

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