La littérature contemporaine 1

Avant toute littérature, il faut forger la langue. Quelques pionniers s’y consacrent dès la fin du XIXe siècle. Devant la décadence de l’ancienne culture, ils préconisent une nouvelle éducation par des apports de l’Occident.
Le premier instrument de diffusion du quôc- ngu est la presse. Le Gia-dinh báo {Journal de Gia- dinh), fondé en 1865, n’est qu’un bulletin officiel. Mais il ouvre la voie. Deux auteurs surtout ont contribué à la formation de la langue, tous deux du Sud : Truong Vinh Ky (1837-1898) et Huynh Tinh Cua (1834-1907). Ky est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages didactiques, historiques (Cours d’histoire annamite), linguistiques (dont une grammaire et un petit dictionnaire français-annamite), de contes; il a traduit en quôc-ngu des classiques
chinois et transcrit un grand nombre d’œuvres en nôm (Kim Vân Kiêu, Luc Vân Tien, etc.). Cua a laissé un dictionnaire (Dai Nam quoc âm tu vil des contes, des essais. Tous deux s’efforcèrent, en s’inspirant du français, de donner à la langue vietnamienne plus de clarté et de simplicité, et de l’affranchir de ses caractères anciens : parallélisme, rythme, allusions littéraires. Mais le style reste encore très gauche.

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Dans le Nord, deux auteurs font franchir un nouveau pas à la langue vietnamienne : Nguyên Van Vînh et Pham Quynh. Le premier (1882-1936) a écrit plusieurs essais sur les mœurs et les institutions vietnamiennes, mais il a été surtout un traducteur de génie. Directeur de la collection « La Pensée de l’Occident », il a traduit La Fontaine, Molière,
Les Misérables, Les Trois Mousquetaires, Cil Blas, Télémaque, Manon Lescaut, Gulliver, Plutanque. Son style est simple et clair, il garde toujours un accent vietnamien et ne paraît -mais traduit. Pham Quynh (1892-1945) s’est attaché à vulgariser la pensée européenne et à rendre le vietnamien capable d’exprimer les connaissances philosophiques et scienti-* fiques. Il a traduit Descartes, Corneille, Epictète, et écrit de nombreux essais sur la civilisation occidentale, la politique française, l’œuvre de Rousseau, Montesquieu, Voltaire, sur le confucianisme et le bouddhisme, enfin sur la littérature vietnamienne elle-même. Nguyên Van Vinh a écrit : « L’avenir de notre pays sera ce que sera le quôc-ngu ». Et Pham Quynh : « Notre pays durera tant que durera notre langue ». Par leurs écrits, ils ont démontré les possibilités du quôc-ngu et fait triompher sa cause.
Le poète de cette période est Nguyên Khac Hiêu (1888-1939). Eternel bohème, son vers a gardé l’accent d’amertume d’une époque de
transition : il cherche dans le vin l’oubli de la tristesse de vivre. Son plus beau poème, The non nuoc {le Serment des monts et des eaux), est un chant d’amour pour la patrie perdue. Le serment des monts et des eaux Les eaux et les monts sont lourds de leur serment
Les eaux s’en vont toujours et ne reviennent vers les monts O souvenir de ce serment Les eaux sont parties les monts demeurent seuls
La haute montagne ne fait qu’espérer et attendre
La source desséchée languit jour après jour
L’abricotier au tronc frêle maigrit Les cheveux de nuage se sont poudrés de givre
Au ciel d’occident s’inclinent les feux du soir
Sur le visage de jade aux beaux traits qui se fanent
La montagne se souvient des eaux les eaux oublient la montagne Même si le fleuve s’épuise et que le rocher s’use
S’il reste l’eau et les monts il reste le
serment d’autrefois
Verte montagne le sais-tu maintenant
L’onde va à la mer et comme pluie
revient à la source
Les eaux et la montagne se
rencontreront encore
Sache-le ô montagne et ne te peine pas
Même si l’eau continue d’être au loin
Les champs de mûrier verdoient pour
ton plaisir montagne
Pour mille ans liées par la même parole
Les eaux et la montagne conservent leur
serment.

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