La littérature classique 4

Dans le Cung oán (La plainte de l’odalisque), Nguyên Gia Thiêu (1741-1798) fait parler une femme du palais d’abord aimée, puis délaissée par le prince. Il en tire une vision désespérée de rinstabilité du monde qui s’apaise dans le renoncement bouddhique. Est-ce aussi la plainte d’un noble (Thiêu était un haut mandarin apparenté aux Trinh) devant la chute du régime que lui et ses ancêtres ont servi ?
Deux très grands poètes : une femme et un homme qui se sont aimés, ont vécu le passage au XIXe siècle : Hô Xuân Huong (1772- 1822) et Nguyên Du (1765-1820)
Hô Xuân Huong était une femme aussi belle que talentueuse qui n’a pas été gâtée par la vie et c’est sans doute à elle que Nguyên Du a pensé en écrivant au début de son Kiêu :
Cent ans dans l’existence humaine
Combien talent et destin se détestent!
Xuân Huong a exprimé passionnément sa révolte contre sa condition de femme, mais aussi son amour de la vie. Sa langue est admirable par sa saveur, sa couleur, sa souplesse.
Nguyên Du comme Nguyên Gia Thiêu est imprégné de philosophie bouddhique. Dans son roman, Thúy Kiêu et Kim Trong s’éprennent l’un de l’autre et se jurent fidélité. Mais la jeune fille doit se vendre pour sauver ses parents et est entraînée dans une vie d’abjection. Elle est sauvée par une religieuse et retrouve son ancien fiancé, marié à sa sœur Thúy Vân à qui elle avait demandé de la remplacer. Elle vivra en amie auprès d’eux. Nguyên Du fait défiler tout le spectacle du monde : mandarins corrompus et perfides avec leurs femmes arrogantes et leurs sbires « aux têtes de buffle et de cheval », souteneurs et tenancières de « pavillons verts », mais aussi les nobles figures de Tu Hai, héros fier de son indépendance, et de Giàc-duyên, moniale pleine de compassion. S’il défend le droit au bonheur individuel, il exalte en même temps les principes de la morale confucéenne : contradiction qu’il résoud par la notion du karma (nous subissons les conséquences de nos actes dans une vie antérieure) et de l’opposition entre le talent et la destinée. Par la beauté de ses vers, la variété des scènes qu’il décrit et sa profonde humanité, le Kiêu est devenu le livre le plus populaire au sens élevé du terme : chaque Vietnamien en connaît au moins quelques vers, du pauvre au lettré, et certains même le consultent à l’occasion comme si la page sur laquelle il tombe lui annonçait le sort qui l’attend.

Nguyên Du a porté le nồm à la perfection. Il a fait la synthèse entre ta langue harmonieuse des chansons populaires et la riche densité du bán. Désormais le nôm va s’épanouir aussi bien dans la prose rythmée des phú et des oraisons funèbres que dans les poèmes utilisant le vers de sept mots à la manière chinoise ou les mètres proprement vietnamiens six-huit et double-sept six-huit.

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il faut citer quelques noms postérieurs à Nguyên Du : Madame de Thanh-quan dont les poésies d’une forme parfaite, mais souvent précieuse, exhalent la mélancolie des choses passées ; Nguyên Công Tru (1778-1858) dont ia carrière connut de nombreuses vicissitudes, âme libre, éprise d’indépendance; Cao Bá Quát (mort en 1854) lettré aux idées nouvelles qui se révoltera contre la cour et fut exécuté ; Nguyên Dinh Chiêu (1822-1888), auteur du Luc Vân Tiên, roman en vers très aimé dans le Sud, et de magnifiques oraisons funèbres en l’honneur des combattants tombés dans la résistance aux envahisseurs français.

Sous l’occupation, un certain nombre de lettrés se retirent dans leur village pour ne pas collaborer, tel Nguyên Khuyên (1835-1909), dont les vers reflètent l’amour du pays et le désenchantement a l’égard du temps et des hommes.

Trần Tê Xuong (1870-1907) se montre beaucoup plus amer et sarcastique à l’égard de ses contemporains, particulièrement des serviteurs du nouveau régime. Il se moque également de lui-même. Les derniers « classiques » sont les deux Phan : Bôi Châu (1867-1940) et Chu Trinh (1872-1926) qui luttèrent pour la « rénovation » (Duy tan) du Viêt Nam.

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