De la « construction socialiste » à la « rénovation » 5

C’est dans le domaine social que les plus grands succès ont été remportés. L’analphabétisme a été pratiquement éliminé sauf dans les zones montagneuses. Des écri¬tures ont été créées pour les minorités qui n’en possédaient pas. L’enseignement se fait en langue nationale à tous les niveaux. A la fin des années 70, le quart de la population était à l’école. Cependant un tiers des enfants seulement accédait à la neuvième classe et une faible proportion à l’université (les filles y forment le tiers des effectifs). La qualité des connaissances scientifiques et techniques laissait à désirer du fait du long isolement des années de guerre. Au plan médico-sani- taire, malgré le manque de médicaments, le pays avait l’un des meilleurs réseaux de l’Asie. Il a su mettre en œuvre des principes appro¬priés, en considérant la prévention comme la tâche principale, en soignant le malade comme un tout organique, en associant médecines traditionnelle et moderne.

Si une partie des difficultés provient des destructions opérées par les bombardements américains, des calamités naturelles, de l’af¬frontement avec les Khmers Rouges et la Chine, les autorités se rendent compte peu à peu qu’elles sont dues principalement à l’in¬adaptation de la politique économique, au manque de compétences et que le passage à la modernité demande du temps. Dès août 1979, le parti reconnaît la nécessité de « libé¬rer » l’économie en reconnaissant l’intérêt individuel à côté de l’intérêt collectif. Début 1981, le khoân (forfait) est officialisé : en cas de dépassement, le travailleur agricole dispose du surplus qu’il peut vendre sur le marché libre; dans l’industrie, l’entreprise reçoit l’au¬tonomie de gestion et peut remplacer le salaire par le paiement à la pièce; dans le commerce l’import-export peut utiliser jusqu’à 70% des devises qu’il obtient.

En décembre 1986, au milieu d’une infla¬tion de 490%, le VIe Congrès du Parti se livre à une autocritique radicale de sa propre poli¬tique et reconnaît, pour la première fois, la res- ponsabilité de sa direction, qui était jusqu’alors rejetée sur l’exécution. Il lance le mot d’ordre du dôi môi (rénovation) qui devient effectif après l’effondrement du com¬munisme en Europe (1989). L’initiative est rendue au marché, de nombreuses entre¬prises sont privatisées, l’investissement étran¬ger accueilli dans les mines, l’industrie, l’hôtellerie, le tourisme.

Les résultats ne se sont pas fait attendre. La stagnation se mue en croissance. Le produit intérieur brut (PIB) augmente annuellement de 3,9% de 1986 à 1990, double à 7,8% de 1991 à 1994, atteint 9,4% en 1995 et 1996. L’accroissement démographique qui était de 2,3% en 1990 tombe à 1,75% en 1998. La crise asiatique l’affecte moins que les autres pays à cause de sa moindre ouver¬ture à la mondialisation et de l’importance de son secteur public : 8,1 % de croissance en 1997,5,8% en 1998, 4,8 % en 1999,6,7 % en 2000. Ce secteur représente en effet près de la moitié du PIB (40 % pour le secteur cf Etat 9 % pour le secteur collectif), mais beaucoup de ses entreprises, mal gérées, sont déficitaires.

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