Colonisation et changements 1

Les premiers Européens qui, au XVIe siècle, débarquent au Dai Viêt sont les Portugais qui font le commerce de l’Inde en Chine. Ils sont suivis au siècle suivant par les Hollandais, les Anglais et les Français, des deux ports étant Hôi-an au Sud et Phô-hiên au Nord. La première mission est fondée en 1615 par des jésuites portugais et italiens. Cristoforo Borri laisse la première relation imprimée sur le pays (1631) où il fait l’éloge des habitants « supérieurs aux Chinois par l’esprit et le cou¬rage », de leur « gentillesse naturelle », de la « facilité des coutumes ».

L’Avignonnais Alexandre de Rhodes est l’auteur du Dictionarium annamiticum, lusitanum et latinum ( 1651 ) qui marque l’apparition du quôc ngu l’écriture romanisée de la langue vietnamienne. L’invention en avait été préparée par les travaux des missionnaires italiens et sur¬tout portugais dont la langue était la plus usitée dans les relations entre les Vietnamiens et tous les Européens sans distinction. Rhodes eut kl mérite de parfaire la transcription. L’emploi de l’alphabet latin avait pour but de faciliter l’évangélisation à quoi faisaient obs¬tacle l’enseignement en caractères hán et la culture confucéenne qu’il véhiculait : ceux qui lisaient le quôc ngu ne lisaient plus le hán dans lequel étaient rédigés les actes officiels et les œuvres littéraires.

On voit la portée politique de l’invention qui contribua pen¬dant longtemps à faire des catholiques un groupe séparé de la communauté nationale.
Mais les autorités s’en rendaient compte aussi. La religion chrétienne sapait la société qui reposait sur les concepts moraux du confucianisme, le culte des ancêtres dans la famille et le culte royal dans l’Etat. Non seulement l’attachement des convertis à leur foi l’emportait sur leur piété filiale et leur fidélité au souverain, mais leur obéissance aveugle à des directeurs étrangers et leur solidarité collective pouvaient donner naissance à un parti dangereux. Le gouvernement devait redouter le renversement de l’ordre établi et l’intrusion d’un état politique qu’appuieraient peut-être les canons de l’Occident.

Telles étaient les raisons qui inspirèrent les édits de proscription que rendirent Trinh et Nguyên, tandis que la montée de la puissance européenne faisait germer des projets d’occupation « pour la propagation de la foi et l’établissement du commerce ». Beaucoup de missionnaires ne se cantonnaient pas au domaine spirituel, mais s’appuyaient sur les Compagnies des Indes et inculquaient à leurs ouailles le désir de préparer l’avènement d’un royaume chrétien. Ils contribueront I l’invasion française au Sud, puis au Nord.

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